Auteur : Niña Poillot
18 ans, CPGE1
Saint-Claude
Option espagnol
Avertissement: Tout est à moi, mis à part la chanson
utilisée pour rythmée le récit. Il s’agit de Forever or Never du groupe peu connu Cinema Bizarre. Cependant la traduction du refrain est ma propriété, pas de réclamations, je fais juste de mon
mieux !
Bonne lecture.
L’ombre est éternelle
I Don't believe in miracles
I never did
Nothing ever happens here
So sick of it
La silhouette noire s’effaçait lentement, comme avalée par la brume environnante, et seuls
les éclairages de la ville en étaient témoins. Ce n’était pas une capitale, la vie nocturne n’était pas si développée, après minuit les jeunes rentraient et les ombres reprenaient leur empire qui
s’amenuisait un peu plus à chaque nouveau progrès. Il était une heure du matin, un nouveau jour mais surtout une même nuit qui s’étire, coupée de lumière pour des heures avant de reprendre, aussi
éternelle que vivante.
Les ombres qui auparavant étaient si craintes avaient soi-disant été démystifiées, elles
avaient été classifiées, dénaturées, chassées, mais au final, cela n’avait servi a rien car elles étaient toujours là. Et c’était bien normal, puisqu’elles étaient les ténèbres qui règnent dans
le cœur des hommes depuis longtemps, depuis toujours, et que personne n’anéantit. Et les ombres survivent, comme elles ont toujours survécu et comme elles survivront toujours. Moins terrifiantes
mais tout autant intrigantes et tentatrices.
Une jeune femme vêtue comme si elle était en été alors que la nuit était glacée était
adossée à un mur, ses vêtements moulants trop bien un corps trop utilisé pour lui appartenir vraiment, son visage maquillé comme celui d’une poupée de cire aux yeux vides et aux gestes mécaniques
empreints de sensualité, alors qu’elle exhalait lentement la fumée grisâtre d’une quelconque cigarette. Il était bien trop tard pour elle, mais il n’y avait pas eu assez de clients ce soir,
raison pour laquelle elle demeurait ainsi dans le froid.
Et elle devrait continuer jusqu’à ce que quelqu’un passe et s’attarde, parce que sinon,
elle n’osait imaginer ce qui pourrait arriver. Il n’était pas impossible de partir mais l’idée ne la traversait même plus. On s’habitue à vivre, même mal, et elle voulait vivre. Mais elle n’avait
plus les illusions pour continuer avec le cœur les ravages faits à son corps.
I-I-I told you
I-I-I need to
Get - get myself into something new
I'm for something mystical, hysterical,
Dark, intantric, sexual
Les ombres voyagent, chaque rue est la leur, chaque maison leur appartient, chaque
instrument du progrès fait partie de leur empire. Parce que les ombres n’ont que de vastes territoires qui ne se cantonnaient pas à quelques rues, quartiers, villes. Un royaume de la nuit en vaut
un autre, difficilement envahi par des ombres parasites puisque les ombres respectent les leurs.
Les proies du jour sont rares, n’en sont que plus précieuses, et la silhouette est à chaque
croisement, chaque détour. Il suffit de la regarder pour qu’elle disparaisse, mais sa présence n’est pas cachée pour autant. Son royaume c’est le paradis noir de la nuit et son sourire glace le
sang de ceux qui ont encore peur de la lune. Et chaque battement de cœur résonnait comme une mélodie inconnue, symphonie cordiale, réunion des cœurs pour une mélopée envoûtante. Leurs noms sont
indistincts, leurs histoire sont superficielles, leurs problèmes inexistants, car l’ombre avale tout sans rien juger, sans rien résoudre, sans rien détruire. Seule l’essence intéresse une ombre,
et seule l’essence est la richesse personnelle de ceux qui sont les proies de la nuit. Proies chéries, proies aimée, proies convoitées, mais proies toujours qui disparaîtront aussi vite que passe
le vent quand l’heure aura sonné.
Am I gonna live forever ?(Vais-je vivre pour toujours?)
Said am I gonna live forever ?(J’ai dit vais-je vivre pour toujours?)
Better make it now or never (Mieux vaut le faire
maintenant ou jamais)
( ever, ever (tToujours, jamais)
Am I gonna live forever ?(Vais-je vivre pour toujours ?)
Said am I gonna live forever ? (J’ai dit, vais-je vivre pour toujours?)
Gotta make it now or never (Il faut le faire maintenant ou jamais)
( forever or never ) (Pour toujours ou à jamais)
Il en a repéré une, de proie potentielle, il en trouvera d’autres. L’ombre n’est pas
immortelle, même si elle est éternelle, et la silhouette qui hante les rues de la ville n’est qu’un prolongement de l’entité sombre qui existe depuis la nuit des temps. Il lui faut se régénérer,
il lui faut maintenir l’équilibre entre la vie et la mort pour continuer d’être ce qu’elle est. Son visage masqué et son allure intangibles ne sont que les manifestations d’une ombre qui était là
bien avant elle, qui vit à travers elle pour ne jamais mourir, mais qui se sert de l’essence éphémère des autres pour continuer.
La nuit est belle à ses yeux, claire et douce, fraîche et presque silencieuse, et c’est
comme ça depuis si longtemps que peu de gens le croiraient. Comme si ils pouvaient croire en autre chose, maintenant que leurs illusions sont pleines de prières tournées vers la lumière et le
ciel quand ils cultivent encore ce qui les empêche de s’envoler.
Un parfum de pulsions, un parfum de larme, un parfum de douleur l’attire dans l’obscurité,
mais ses yeux y voient plus clair que jamais, alors que la lune n’éclaire que partiellement le corps recroquevillé d’un enfant maltraité, roulé en boule sur une couverture, les cheveux sales, les
joues creuses, les côtes saillantes et des bleus plus nombreux que les tons blancs d’une peau normale, le souffle précipité au rythme du cauchemar et l’apparence d’une fuite à peine entamée. La
peur est là, omniprésente, et déjà l’ombre l’avale, jaugeant la créature abandonnée comme un animal blessé qui tentera plus tard de se relever. Il écoute la mélodie de son cœur, pour savoir si
l’heure est arrivée.
I don't believe in fairytales
Too cynical
Everybody stop and stare
I let it go
Un dernier tour de la ville, pour que l’ombre s’assure qu’il ne manque rien. La silhouette
se déplace comme si elle n’existait pas, repassant devant cette femme qui attend, franchissant un pont qui surplombe une rivière noirâtre, traverse les rues sombres et vides comme autant d’allées
dans un cimetière envahi, et trouve enfin sa troisième proie potentielle, jeune homme trop mince pour être viril, trop délicat pour être pris au sérieux, trop fragile pour se supporter seul.
Debout, sagement immobile, devant la porte de l’église de la ville.
Comme s’il se demandait si entrer le sauverait de lui-même ou si la fin était préférable
dans son cas. Il porte des vêtements seyants, moulants même, mais il ne provoque pas. Il est soumis à al violence du silence, qu’il hait autant qu’il aime, silence qui réconforte autant que les
mots et qui blesse avec la même force.
La silhouette de l’ombre sait à présent qu’elle peut agir, alors que les étoiles
scintillent et que la lune a à peine décliné, il n’est que deux heures du matin et pourtant le temps va bien tôt manquer. Il lui faut agir, et elle s’approche de ce jeune homme perdu dans ses
pensées comme dans sa vie. Ce dernier ne réagit presque pas, mais la silhouette entre en chasse.
-Belle église.
-Belle nuit.
-Il est rare de voir quelqu’un dehors à cette heure.
-Parfois la nuit apporte plus de réponses que la journée.
Plus ils parlaient, plus la silhouette dégageait ce charme irrésistible qui attirait ses
proies dans ses bras. Son sourire carmin et ses yeux brillants, son allure mystique et son calme jouaient toujours en sa faveur.
-Si j’étais la nuit, que me demanderais-tu ?
-Mais vous m’êtes inconnu.
-La nuit est aussi vaste que le monde, personne ne la connaît.
-Alors si vous étiez la nuit, je vous demanderais de m’engloutir. Certaines choses vous
entraînent trop loin pour qu’un jour on aille mieux, et je préfère encore tout stopper avant de me laisser entraîner plus loin que je ne le suis déjà.
I-I-I told you (Je-je-je t’ai dit)
I-I-I need to (que j’ai-j’ai-j’ai besoin de)
Stick - stick - stick out (Tenir-tenir le coup)
Just can't be like you (Je ne peux simplement pas être comme toi)
La prière de l’adolescent s’exauce, alors que le manteau les englobe tous deux, que des
lèvres délicates se posent sur la peau, que les souffles se précipitent, et que le jeune homme s’abandonne à la nuit comme il se serait abandonné à la vie qu’il n’avait pas assez chérie. Les
secondes s’égrènent jusqu’à la fin de l’existence, et la silhouette demeure seule présente sur la place lugubre du lieu saint qui finalement ne l’avait pas plus sauvé que ces illusions
entretenues en vain autour de lui.
Bien, la nuit était bien entamée, cette nuit du moins, et l’ombre revint sur ses pas,
l’autre partie de la ville l’accueillerait bien mieux, elle n’aimait pas du tout la présence de cette illusion entretenue qu’était Dieu.
Les eaux ne reflétaient même pas la silhouette qui s’y regardait, tellement elles étaient
noires, et cette fois encore ce fut son odorat qui la guida vers sa nouvelle proie, qu’il avait repérée plus tôt. Le goût amer de l’impuissance des hommes était plus doux que les meilleurs
délices du monde, et l’ombre n’attendait que l’instant d’éveil de cette créature abandonnée pour agir.
Sent myself to out of space
A better place
Gotta win the human race
La silhouette masquait la lumière lunaire alors qu’elle se penchait, secouant un peu cette
personne endormie dehors, à l’abri d’une vengeance, au creux des ténèbres. Peu importe, jeune fille ou jeune garçon, peu importe, seule compte cette essence, et les battements de son cœur son
plus doux qu’une symphonie de Mozart. Le mouvement de recul de l’enfant en voyant l’inconnu révèle sa peur, mais l’ombre se fait apaisante, pour calmer sa proie, l’attirer, lui soutirer ce dont
elle a besoin.
-Que fais-tu ainsi, dehors ?
-Je...j’espère…j’ai peur…
-Peur ? Mais non, il ne faut pas. La nuit est la meilleure des
cachettes.
-La nuit ? La nuit est mon seul refuge, parce que… je ne peux pas retourner en
arrière… je… il…
-Si j’étais la nuit, que me demanderais-tu ?
-De mettre fin à ce cauchemar. Je ne veux pas me réveiller sous la menace, je ne veux plus
tenir pour maintenir un semblant d’apparence et que personne ne remarque l’état critique de ma vie.
La voix de l’enfant était fluette et hachée, basse et semblable à de délicats murmures. La
silhouette sourit et se pencha pour le prendre dans ses bras, le soulevant comme si son poids n’existait pas, et fondit sur cette proie malmenée comme un aigle sur un rongeur, dévorant son
essence aussi vite que le souffle de l’enfant s’éteignait.
Ils fondirent l’un dans l’autre, fusionnèrent dans un dernier sursaut de vie et il ne resta
rien de l’enfant, la silhouette était de nouveau seule, dans la nuit, et presque satisfaite, il ne lui manquait plus qu’une seule proie pour redevenir une ombre comme les autres jusqu’au soir
nouveau.
Am I gonna live forever ?(Vais-je vivre pour toujours?)
Said am I gonna live forever ?(J’ai dit vais-je vivre pour toujours?)
Better make it now or never (Mieux vaut le faire
maintenant ou jamais)
( ever, ever) (Toujours, jamais)
Am I gonna live forever ?(Vais-je vivre pour toujours ?)
Said am I gonna live forever ? (J’ai dit, vais-je vivre pour toujours?)
Gotta make it now or never (Il faut le faire maintenant ou jamais)
( forever or never ) (Pour toujours ou à jamais)
Cette femme n’attendit plus si longtemps, une silhouette égarée l’abordant, échangeant
quelques paroles au goût suave du mensonge aigre-doux, et bientôt elle n’eut plus d’illusions, plus d’espoirs, plus rien, son essence avait rejoint la fontaine de jouvence de l’ombre, son
existence rayée du monde qui l’avait rejetée, et sa participation à la mélodie des cœurs évanouie dans le fantôme du passé.
L’ombre en avait fini. Elle existerait encore pour quelques temps, où on lui donnerait
peut-être de nouveaux noms. Monegarn, lémure, incube, succube, vampire, démon, c’était pourtant elle, cette ombre qui avalait ceux dont la vie était finie. On en retrouverait la trace plus tard,
le suicide semblerait certain, mais en fait, la vérité était que cette nuit pleine d’ombre que les hommes avaient toujours redoutée se nourrissait de ces hommes qui ne supportaient plus leur
condition. Il y en avait toujours eu, et il y en aurait toujours.
C’est pourquoi l’ombre est éternelle.
Fin
Voilà, j’espère ne pas avoir miné votre moral, et que vous aurez aimé. C’est un peu sombre, c’est un peu glauque, mais c’est un
peu comme une réflexion personnelle sur l’éternité.
Sincèrement vôtre ;
Niña